Hong Kong : Les ressortissants marocains sont-ils abandonnés par leur pays ?

Depuis juin dernier, Hong Kong traverse sa crise politique la plus importante depuis sa rétrocession à la Chine en 1997. De fait, de nombreuses manifestations, regroupant à plusieurs reprises des dizaines de milliers de personnes dans les rues de l'ex-colonie britannique, ont eu lieu avec en filigrane la crainte de la mainmise grandissante de Pékin et d'un recul des libertés. Devant l'aggravation de la situation, plusieurs pays ont procédé au rapatriement de leurs ressortissants.

Une nouvelle escalade de tensions est survenue ce jour à Hong Kong. Des manifestants prenant part à la contestation des pro-démocrates ont incendié, lundi 18 novembre, l'entrée de l’université hongkongaise où les étudiants se sont retranchés, afin d'empêcher une intervention de la police. Les forces de l'ordre menacent de leur côté de répondre avec des "balles réelles" aux "armes létales" des protestataires, après qu'un policier a été blessé au mollet dimanche par une flèche tirée par un manifestant.

Face à l’insécurité, les ambassades organisent le rapatriement de leurs ressortissants

Face à cette situation, plusieurs pays ont demandé à leurs ressortissants de quitter provisoirement le pays pour se mettre à l’abri et éviter tout risque lié à l’insurrection.

Les violences dans les universités de Hongkong poussent différents pays à envisager ou à organiser l’évacuation de leurs ressortissants étudiants. Alors qu’une rumeur non fondée indiquait que les Etats-Unis allaient évacuer leurs étudiants, les Européens avancent en ordre dispersé. Vendredi, les universités des Pays-Bas ont conseillé aux 300 étudiants néerlandais présents à Hongkong de rentrer rapidement chez eux. D’après nos informations, 26 étudiants belges ont déjà pris contact avec le consulat de Belgique à Hong Kong pour demander de l’aide parce que leur université a décidé de les pousser à rentrer au pays. L’université de Liège conseille à ses étudiants partis passer une partie de leur cursus à Hong Kong de rentrer en Belgique. Sur place, l’université ne compte que "cinq étudiants" mais elle leur "conseille de revenir".

La France, qui compterait environ 350 étudiants sur place, n’a pas lancé d’appel comparable. Néanmoins, sans attendre, Sciences Po Lyon a envoyé ses deux étudiants à Taïwan, d’où ils devraient suivre les cours en ligne de leur université de Hongkong. Le consulat de France à Hong Kong recommande toutefois « une vigilance accrue pour les prochains jours, en veillant à se tenir éloigné de tout rassemblement. Nous invitons les étudiants en échange au sein d’une université hongkongaise, s’ils ne l’ont pas fait, à se signaler (par message électronique auprès du consulat) en nous communiquant leurs coordonnées et tout détail pertinent sur leur situation. En cas d’urgence ou de difficulté particulière, il convient de téléphoner. Des recommandations seront données au cas par cas. »

Et les Marocains de Hong Kong ? Qui s’en occupe ?

Qu’en est-il des étudiants marocains présents à Hong Kong ? Maglor a été alerté par certains d’entre eux sur l’absence de réaction des autorités marocaines face à leurs inquiétudes et face à leur situation. Nous avons aussitôt relayé cet appel au secours de nos compatriotes sur les réseaux sociaux, le 12 novembre dernier (voir ici sur Facebook). Cette action de Maglor semble avoir eu ses effets auprès du ministère des Affaires Etrangères à Rabat qui annonçait, le mercredi 13 novembre, dans un tweet, que la communauté marocaine à Hong Kong pouvait contacter la cellule de crise sur le +212.661.33.68.54 ou le +86.156.5219.8381 en cas d’urgence.

Le numéro commençant par le 212 est situé au Maroc, au sein du MAE. Il est payant. C’est le numéro habituel de la cellule de crise qui est également utilisé, en ce moment, pour les ressortissants résidents au Liban, autre pays en crise. Le +86.156 est un numéro de portable qui se situe à Pékin, la capitale de la République populaire de Chine. L’indicatif téléphonique de Hong Kong est le +852.

C’est dire que les étudiants marocains de Hong Kong doivent appeler soit Rabat, soit Pékin, mais surtout pas leur représentant diplomatique à Hong Kong. C’est une situation plutôt incongrue.

Le Maroc mise sur le bénévolat et l’honorariat pour être représenté à Hong Kong

Pourtant le Maroc dispose bien d’une représentation à Hong Kong avec le Consulat honoraire du Royaume pour Hong Kong et Macao, situé 60 Peak Road The Peak et 18 Quenn’s Road à Hong Kong (Tél. +852.2138.3388). Seulement voilà, c’est un Consulat Honoraire et non pas un Consulat Général. Cela fait une grande différence. Le Consul honoraire est un bénévole avec peu de moyens, le Consul général est un fonctionnaire du MAE.

Le Consul honoraire du Maroc à Hong Kong est M. William Doo, un Chinois qui, par ailleurs cumul de nombreuses fonctions professionnelles et honorifiques : Vice-Président d’un des plus riches groupes de Hong Kong (New World Group), propriétaire de trois Grands Hyatts-Hôtel, de l’hôtel Renaissance, de la chaine d’hôtellerie mondiale Rosewood, et d’une des plus grandes compagnies de bus de Hong Kong New World Bus. M. Doo était administrateur non exécutif indépendant de The Bank of East Asia, Limited, société cotée en bourse à Hong Kong, jusqu'à sa démission le 18 février 2017. M. Doo est également administrateur de certaines filiales du Groupe. Il est président du conseil et administrateur de Fungseng Prosperity Holdings Limited. M. Doo est aussi un juge de paix nommé par le gouvernement de la Région administrative spéciale de Hong Kong. Il est gouverneur de la Chambre de commerce du Canada à Hong Kong. Il a été promu Officier de l'Ordre National de la Légion d'Honneur par la République Française en 2019.

Bref, Monsieur le Consul honoraire du Maroc n’a pas le temps de s’occuper des ressortissants marocains dont il a en principe une charge de représentation. Ses intérêts économiques sont aussi certainement liés à ceux des dirigeants de la Chine. Etc. Etc.

Le 28 octobre 2019, des Marocains ont pris l’initiative de publier une pétition sur Change.org (voir ici) pour demander la création d’un vrai consulat du Maroc à Hong Kong. 710 personnes l’ont signée et on peut penser que les événements d’aujourd’hui vont inciter d’autres Marocains à les rejoindre.

Le texte de cette pétition, signé par Hamada Mansour, rappelle combien « la communauté marocaine de Hongkong se sent abandonnée. Dans le cas de catastrophes naturelles, comme il cela a récemment été le cas pendant le super-typhon Mangkhut, la communauté marocaine reste livrée à elle-même. Aussi s’organise-t-elle elle-même via le groupe « Moroccans of Hong Kong » sur Facebook et WhatsApp où quelques citoyens généreux donnent de leur temps pour publier petites annonces, événements religieux ou de nature sociale. » Au moment de la rédaction de ce texte, il n’était pas encore envisagé que Hong Kong se révolterait contre Pékin.

Maglor est solidaire de tous les Marocains de Hong Kong et souhaite que le MAE trouve rapidement la solution la plus adaptée à leur situation de détresse actuelle.

Mohamed Labzioui