Coronavirus : "Il n’y aura pas de retour à l’ancienne normalité dans un avenir prévisible" (OMS)

La crainte d’une seconde vague du nouveau coronavirus poussait les autorités à ordonner hier des reconfinements locaux en Espagne, au Maroc ou aux Philippines, tandis que l’Amérique latine est devenue la deuxième région du monde la plus touchée par la pandémie en nombre de morts, devant l’Amérique du Nord.

(AFP) - En Espagne, le gouvernement régional de Catalogne s’est lancé dans un bras de fer avec la justice pour imposer sa décision de reconfiner chez eux les habitants de la ville de Lérida et de communes environnantes, déjà coupés du reste de la région depuis une semaine. Alors que le tribunal de cette ville « a décidé de ne pas ratifier les mesures » prises par le gouvernement régional, « car elles sont contraires au droit », le président régional indépendantiste catalan, Quim Torra, a affirmé hier qu’il adopterait un décret-loi pour l’imposer. Dans les rues de Lérida, les boutiques restaient souvent ouvertes tout comme les terrasses des cafés, et les habitants, masqués, continuaient de sortir. Ce foyer de contagion, peuplé au total de près de 200 000 personnes et situé à environ 150 kilomètres de Barcelone, est l’un de ceux qui préoccupent le plus les autorités en Espagne, pays parmi les plus touchés par la pandémie en Europe avec plus de 28 400 morts.

Dans ce contexte, plusieurs régions dont la Catalogne ou les Baléares ont décidé de renforcer le caractère obligatoire du masque qui doit y être porté à tout moment sous peine d’amende. À Madrid, Andrea Fernandez, retraitée de 65 ans, ne cachait pas sa crainte de voir de nouveaux foyers épidémiques. « Évidemment que cela me fait peur », disait-elle, jugeant que la population était « assez irresponsable, car à la fin c’est nous qui diffusons » le virus.

L’Amérique latine, deuxième région la plus touchée

L’Amérique latine et les Caraïbes sont devenues hier la deuxième région la plus touchée au monde par la pandémie, derrière l’Europe, avec plus de 144 000 décès officiellement recensés. Le Brésil est le pays le plus endeuillé de la région et dénombre à lui seul 72 100 décès. Elle dépasse ainsi les bilans des États-Unis et du Canada. Au-delà de l’Espagne, d’autres pays ont ordonné des reconfinements locaux. En Allemagne aussi, la « menace » d’une seconde vague d’infections est « réelle », a mis en garde hier le ministre de la Santé, Jens Spahn, appelant notamment ses compatriotes en vacances aux Baléares à respecter les gestes barrières. Au Maroc, la ville de Tanger, peuplée d’environ un million d’habitants, était reconfinée à partir d’hier après l’apparition de foyers épidémiques. Les transports publics y sont suspendus, les cafés, centres commerciaux, marchés et espaces publics fermés, et les contrôles renforcés, afin que les habitants ne quittent leur domicile « qu’en cas de nécessité extrême », a précisé le ministère de l’Intérieur. C’est le cas également aux Philippines où environ 250 000 habitants de Manille vont à nouveau être confinés après une flambée des cas.

Couvre-feu

En Afrique du Sud, le président Cyril Ramaphosa a décidé de réimposer un couvre-feu en raison de la remontée des cas quotidiens de contamination. Les visites familiales seront aussi interdites.

Les restrictions imposées en mars pour tenter d’enrayer l’épidémie dans ce pays, le plus touché en Afrique, avaient été en partie levées en mai. L’Afrique du Sud a enregistré jusqu’à présent 264 184 cas de coronavirus dont 3 971 mortels. L’inquiétude demeure aussi forte en Australie : après le reconfinement pour six semaines décidé jeudi dernier pour Melbourne, la deuxième ville du pays, les habitants de Sydney ont été priés lundi de limiter hier les soirées festives après l’apparition d’un nouveau foyer épidémique dans un pub. Aux États-Unis, le pays le plus lourdement touché, la pandémie continue de flamber particulièrement dans de grands États du Sud, et un responsable du ministère de la Santé à Washington a estimé dimanche qu’un reconfinement dans ces zones n’était pas exclu. « Tout devrait être envisagé », a déclaré Brett Giroir, secrétaire adjoint à la Santé, interrogé sur la chaîne de télévision ABC.

L’Organisation mondiale de la santé a averti hier que de nombreux pays ne prenaient pas les bonnes mesures face à la pandémie. « Je veux être franc avec vous : il n’y aura pas de retour à l’ancienne normalité dans un avenir prévisible », a souligné le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, au cours d’une conférence de presse virtuelle.