C’est l’heure du Brexit : le Royaume-Uni dit "farewell (adieu)" à l’Union européenne

Le Royaume-Uni ne fait plus partie de l'Union européenne. À Londres, les partisans du Brexit se sont massés en grand nombre devant le parlement pour souligner l'événement.

(Radio Canada) - Unie par le décompte qui a eu lieu 10 secondes avant l'heure fatidique de 23 h et accompagnée du carillon enregistré de Big Ben, qui est en rénovation, la foule a ensuite lancé une immense acclamation de joie qui a rempli de ses échos le ciel de la capitale britannique.

À travers la fumée des fusées éclairantes qui étaient lancées, les gens ont manifesté leur joie, finissant par entonner le God Save the Queen.

Puis à 23 h 15, heure à laquelle les autorités avaient averti les citoyens qu'ils devaient quitter les lieux, l'un des politiciens qui étaient sur place, le président du Parti du Brexit, Richard Tice, a enjoint à tous les gens à rentrer chez eux en disant : Croyez-le ou non, nous ne sommes maintenant plus membres de l'Union européenne.

Le premier ministre Boris Johnson n'était pas de la fête, préférant célébrer sa victoire en privé, au 10, Downing Street. Mais à 22 h, dans une vidéo diffusée sur BBC1 et ITV1, il s'est adressé à la nation, proclamant que le Brexit sera un succès retentissant, quels que soient les obstacles.

Nous voulons que cela soit le début d'une nouvelle ère de coopération amicale entre l'UE et une Grande-Bretagne pleine d'énergie, a-t-il déclaré.

La chose la plus importante à dire ce soir, c'est que ce n'est pas la fin, mais le début, le moment où l'aube pointe et le rideau se lève sur un nouvel acte de notre grand drame national.

Le premier ministre britannique, Boris Johnson

Quant aux partisans pro-européens, certains ont tenu une vigile aux chandelles devant la Maison de l'Europe. Ceux qui ont décidé de digérer leur défaite à la maison étaient invités à allumer une bougie à leur fenêtre.

Dans la capitale, ainsi qu’un peu partout au pays, la journée a été marquée par diverses manifestations des deux camps : multiples passants arborant le drapeau de leur choix, celui du pays ou de l’UE, cortège des partisans de l’UE sur la rue Whitehall « pour adresser un adieu affectueux » à l’Union, différents rassemblements de joie des Brexiters dans la ville.

Aucun incident n’a été recensé, sauf quelques guerres de mots entre les partisans des deux camps rassemblés devant le parlement.

Et les politiciens?

Le chef travailliste Jeremy Corbyn a exhorté vendredi les Britanniques à s'assurer que nous maintenons de bonnes relations avec l'UE et à ne pas tomber dans les bras d'un accord de libre-échange avec les États-Unis.

Quant au maire de Londres, Sadiq Khan, qui dit avoir le cœur brisé de quitter l’UE, il a invité vendredi les citoyens européens à l’hôtel de ville pour qu’ils puissent recevoir des conseils juridiques gratuits sur la façon de régulariser leur statut.

En Écosse, laquelle est majoritairement pro-européenne, des partisans de l’Europe se sont réunis toute la journée devant le parlement, à Édimbourg. Des centaines de manifestants étaient présents en soirée malgré le vent et la pluie pour une vigile aux chandelles, où des chants et l'hymne européen, l'Ode à la joie, joué à la cornemuse, ont retenti.

Dans un discours en journée, la première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a déclaré que l'Écosse a été retirée de l'Union européenne contre la volonté de l'écrasante majorité de son peuple.

Au cours de la journée également, le Conseil européen a retiré le drapeau britannique de son édifice à Bruxelles, suivi des deux sièges du Parlement européen, à Bruxelles et Strasbourg.

Par ailleurs, le drapeau européen a été hissé sur Scotland House, siège du gouvernement écossais à Bruxelles.

Un pays à réinventer

Cette journée du 31 janvier marque l'apogée d'un feuilleton qui a commencé le 23 juin 2016, lorsque les Britanniques se sont prononcés lors d'un référendum à une courte majorité pour un divorce avec l'Union européenne.

Dans les faits, pourtant, cette rupture géopolitique majeure n'aura aucune conséquence dans les mois à venir. Le Royaume-Uni entrera dans une période de transition durant laquelle il restera soumis aux règles et obligations communautaires, jusqu'à la fin de l'année, le temps de négocier les termes de la future relation avec les Européens.

Mais 43 mois après le référendum, la nation britannique reste toujours aussi divisée, et la consultation elle-même a montré que ces fractures dépassaient la seule question de l'appartenance européenne. Elle touche tout autant les effets du capitalisme, le sujet de l'immigration ou l'affrontement entre les traditions et la modernité britanniques.

Le vote a aussi illustré une montée du nationalisme anglais avec le risque inhérent d'une potentielle dislocation du Royaume-Uni. Pendant que l'Angleterre et le pays de Galles votaient majoritairement pour le Brexit, l'Écosse et l'Irlande du Nord rejetaient largement cette perspective.

L'Union européenne va pour sa part devoir se séparer d'un État membre qui s'était rallié au bloc communautaire en 1973 et représentait 15 % de sa puissance économique, offrant au Vieux Continent, avec Londres, une capitale financière internationale.

Pour marquer l'événement, une nouvelle pièce de 50 pence a été spécialement frappée, appelant à « la paix, à la prospérité et à l'amitié avec toutes les nations ».

Un pays tout à fait majeur s'en va, et il faudrait peut-être commencer à réfléchir aux raisons de ce départ, a souligné Nigel Farage qui a été, avec Boris Johnson, l'un des principaux porte-voix du camp du Brexit lors du référendum organisé par David Cameron.

À ses yeux, le projet européen s'est mué, sous domination allemande, en un projet d'empire que le Royaume-Uni ne peut accepter.

À l'inverse, et en dépit de leur incapacité répétée à unir leurs forces, les partisans du maintien dans l'UE reportent leur combat sur les générations à venir, estimant que l'impact économique du Brexit les convaincra à annuler le divorce et à réintégrer le bloc communautaire.

Ils ne voient pas comment, dans un monde aussi changeant, quitter l'UE pourrait renforcer la position du Royaume-Uni. Londres pouvait jusqu'à présent s'appuyer sur la force économique de l'UE et de ses 500 millions d'habitants. Il lui faudra désormais affronter seul les défis posés par la Chine ou les États-Unis.