Algérie : À peine élu, le nouveau président est déjà contesté

Abdelmadjid Tebboune, 74 ans et ex-Premier ministre de Bouteflika, a été élu dès le premier tour de la présidentielle en Algérie, avec 58,15 % des suffrages. Selon les chiffres officiels, la participation n’a atteint que 39,83 %, le plus faible taux enregistré lors de présidentielles pluralistes en Algérie. Des centaines de milliers d’Algériens sont à nouveau descendus dans la rue ce vendredi pour dénoncer une « élection truquée ».

(AFP) - Une marée humaine a envahi vendredi le centre d'Alger pour conspuer le nouveau chef de l'État élu la veille, Abdelmadjid Tebboune, un ex-fidèle du président déchu Abdelaziz Bouteflika, a constaté une journaliste de l'AFP.

«Le vote est truqué. Vos élections ne nous concernent pas et votre président ne nous gouvernera pas», scandent les manifestants qui défilent en masse en ce 43e vendredi de mobilisation depuis le déclenchement en février du mouvement («Hirak») de contestation populaire inédit.

Selon la journaliste de l'AFP, la mobilisation est aussi importante que vendredi dernier, lorsqu'une foule immense avait défilé dans le centre de la capitale pour rejeter le scrutin présidentiel. Les manifestants brandissent des pancartes sur lesquelles on peut lire: «Tebboune ton mandat est un mandat mort né» ou encore «Votre président ne me représente pas.»

Les manifestants sont de tous âges et de toutes les conditions sociales, hommes et femmes ensemble, certaines voilées et d'autres en jeans et baskets. «Tebboune, c'est pire que Bouteflika. Il est connu pour avoir fait partie des voleurs. On n'a pas voté et on ne fera pas marche arrière», affirme Meriem, une fonctionnaire de 31 ans.

« Le peuple reste uni pour faire chuter le système »

« Ce président ne me représente pas », estime, dans la foule, un homme qui ne croit pas aux chiffres de participation. « Ils ont bourré les urnes. Ce pouvoir nous a habitués à des scores exorbitants. C’est un non-évènement, nous continuons la lutte. Le peuple reste uni pour faire chuter ce système », ajoute-il.

« Tout ce qu’avait dit Bouregaâ est vrai ! C’est pour ça qu’ils l’ont arrêté », lance une autre manifestante, qui est sûre que le vainqueur a été choisi par le régime. Lakhdar Bouregaâ, vétéran de la guerre d’indépendance algérienne, est en prison depuis plusieurs mois après avoir notamment déclaré que « le pouvoir a déjà le nom du futur président et cherche un moyen pour le légitimer ». Accusé « d’outrage à corps constitué et atteinte au moral de l’armée », l’homme de 86 ans fait partie des centaines de détenus politiques et d’opinion dont le hirak continue de réclamer la libération.

Une « guerre » sans arme

Dans la foule, les manifestants dénoncent toujours la « bande au pouvoir » et mettent à jour leur slogan. Farine sur le nez, certains en proposent aux autres protestataires. « Le peuple veut de la blanche gratuite », chantent plusieurs jeunes en souriant. Ils raillent allègrement le nouveau président, dont le fils, Khaled Tebboune, est actuellement en détention provisoire. Ce dernier est soupçonné de blanchiment d’argent dans le cadre de l’affaire Kamel Chikhi, un homme d’affaires accusé de trafic de cocaïne.

« Nous avons le sens de l’humour, mais les manifestations ne vont pas s’arrêter. Nous sommes venues aujourd’hui en nous demandant combien de personnes pensent comme nous, et voilà que nous trouvons encore un monde fou dehors », commentent plusieurs dames en désignant la foule. « Ils ne veulent pas partir sans laisser quelqu’un sur qui ils peuvent compter pour protéger leur arrière », poursuivent-elles, drapeaux algériens sur le dos.

Elles reprennent : « Il faut maintenir la pression, c’est maintenant que la lutte commence. C’est une guerre. Sans armement, mais c’est une guerre ». Toutes s’opposent fermement à l’ouverture d’un dialogue avec le nouveau président. « Qui a voté pour lui ? Combien de personnes ? Nous voulons de vrais chiffres ! Mais de toute façon, nous n’aurions reconnu aucun de leurs candidats », avouent-elles pour finir, en évoquant les quatre autres hommes politiques qui ont participé à la course présidentielle.