Acid Arab, le groupe français qui marie mélodies arabes et musique électronique

Le groupe français Acid Arab, qui marie mélodies arabes et musique électronique, a célébré la Fête de la musique au Caire où il est revenu après plusieurs années d’absence. Les airs joués sur l’orgue et les synthétiseurs ont ensorcelé le public cairote. 

Impossible de résister aux sonorités électroniques et aux mélodies orientales fusionnées par le groupe français Acid Arab. Une force magique s’est emparée du public présent au parc d’Al-Azhar le 22 juin, l’obligeant à bouger. Créé en 2012 par les DJ Guido Minisky et Hervé Carvalho, le groupe comprend, outre ses fondateurs, un troisième membre essentiel, d’origine algérienne, à l’orgue, Kenzi Bourras.

L’ambiance était festive. « Ce n’est pas la première fois qu’on se produit en Egypte. Il y a 4 ou 5 ans, nous avons donné un concert sous le label des 100 copies de Mahmoud Réfaat. Ce dernier nous a présentés à d’autres chanteurs et musiciens, à savoir Figo, Sadate et Ismaïl Hosni, stars du genre chaabi (chant populaire sur des airs électroniques). L’accueil du public a été super. Au départ, il avait l’air d’y avoir des questionnements, mais après, plusieurs personnes sont venues nous féliciter »raconte Hervé Carvalho.

Les trois musiciens avaient l’habitude de jouer ensemble dans différents espaces parisiens, sans jamais avoir l’intention de fonder un groupe. « Au départ, Guido et moi, nous jouions juste dans un club. On jouait de la musique arabe et techno. Quelques producteurs et mélomanes nous avaient envoyé des morceaux pour les écouter ou les retravailler. On a donc fait au départ une compilation. Après, on a rencontré Kenzi Bourras et on a décidé de se produire en direct »explique Carvalho. Et d’ajouter : « Nous présentons un mélange de musique Acid Hawas, la musique américaine des années 1980 et 1990, et de musiques arabes. Nous avons aussi envie de dire aux Français de droite qu’il n’y a aucun danger à jouer de la musique arabe ou à évoquer la culture arabe ».

Le déclic en Tunisie

Les mélodies fusionnées d’Acid Arab dépassent les frontières politiques et permettent aux artistes d’engager un dialogue sincère et fructueux avec le public, dialogue qui ne cesse d’enflammer les scènes. « Les mélodies arabes nous plaisent. C’est parti d’un voyage en Tunisie, où on a rencontré différents musiciens et on a découvert divers styles de musique »raconte CarvalhoAprès ce voyage plein de découvertes, Guido Minisky et Hervé Carvalho se sont intéressés davantage à la musique arabe. « On n’utilise pas la musique arabe pour décorer notre musique, mais on essaye vraiment de rentrer sérieusement dedans, de trouver des choses qui nous y intéressent. Ce n’est pas juste pour s’amuser. C’est quelque chose qui nous a touchés et nous a plu. On essaye de travailler ces morceaux avec un grand respect », souligne le musicien.

Selon le trio, les musiques arabes incluent notamment celles de l’est de la Turquie, d’Inde, la dabkeh syrienne et les musiques du Maghreb. Le répertoire du groupe est un vrai miroir des rencontres et des collaborations avec des musiciens de tous bords. Ainsi, Acid Arab a fait un remix des tubes de la chanteuse libanaise Yasmine Hemdan, des chansons de l’Algérien Soufiane Saaïdi et d’autres. Leur premier album Musique en France, sorti en 2016, résume bien leur parcours. Leur deuxième album est à paraître en 2019.

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Les DJ français Guido Minisky et Hervé Carvalho d’Acid Arab se réclament de deux mondes, mais non du métissage ou de la superposition. D’un côté, l’acid house, musique des ghettos de Chicago dans les années 1980 ; de l’autre, des musiques en provenance d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient que les Occidentaux ont rejetées pendant des années. Vendredi, Acid Arab s’amène en duo à la place des Festivals pour un set de DJ et partage l’affiche avec le violoncelliste Chris Derksen et DJ Shub.

 « Plusieurs liens existent entre l’acid house et les musiques populaires du monde arabe, affirme Guido Minisky. Par exemple, les flûtes pincées d’Afrique du Nord ressemblent vachement à l’acid house. Mais le vrai lien entre les deux est surtout politique. Le house, c’est la musique des ghettos noirs américains de Detroit et de Chicago. De la même façon, la musique orientale que nous préférons est celle des ghettos orientaux, celle qui n’intéressait personne à l’extérieur. Heureusement, tout ça a changé avec l’Internet. »

Dans l’acid house, Minisky préfère le caractère collectif du phénomène : « Il y a bien quelques artistes qui sont plus connus ou plus productifs que d’autres, mais en règle générale, il n’y a pas d’artistes plus que d’autres qui nous ont touchés. C’est un mouvement qui est passé des États-Unis à l’Angleterre et qui a rejoint aussi la Belgique. Même l’Inde a eu son mot à dire là-dedans avec le fameux Charanjit Singh dans les années 1980 à Mumbai. »

Avant la formation d’Acid Arab, Guido Minisky était DJ, alors que son complice Hervé Carvalho jouait déjà dans un groupe d’acid house. Puis un voyage en Tunisie leur permet de découvrir certaines musiques du monde arabe. C’est la piqûre. Ils reviennent à Paris, organisent les soirées Acid Arab et commencent à remixer des pièces. Ils deviennent un projet participatif et d’autres font alors des morceaux pour eux. Ils sortent un premier maxi, puis un deuxième, et enfin Collections, un disque complet de collaborations en 2014. Tout cela finit par prendre de l’ampleur et DJ GILB’R les endosse par l’entremise de son label, Versatile Records. La trajectoire leur permet de collaborer avec des artistes comme I:Cube d’un côté et le chanteur de mariages syriens Oumar Souleyman de l’autre : « Un incontournable, dit Guido Minisky. Sa musique hyper crue, autant que sa façon de chanter, ressemble vachement à de la techno. »

Acid Arab, qui vient en duo, est maintenant composé de deux DJ et de deux producteurs. Un troisième maxi est prévu, après quoi le quatuor deviendra quintette avec l’ajout d’un claviériste syrien. Pour l’instant, c’est électro, répétitif, mélodique, en progressions rythmiques, plus cru, plus hard ou plus rebondissant, dense et très efficace pour la danse.

Yves Bernard, critique musical au quotidien québecois Le Devoir