Vittel : La bataille de l'eau est engagée

Des associations s'insurgent contre un projet d'acheminer de l'eau potable sur une dizaine de kilomètres pour préserver une nappe phréatique déficitaire à Vittel (Vosges).

(AFP) - Trois communes, Vittel, Contrexéville et Bulgnéville, et trois industriels, dont Nestlé Waters (marques Vittel, Contrex, Hépar, Perrier...), puisent annuellement trois millions de m³ d'eau dans la nappe aquifère des grès du Trias inférieur (GTI), située à 100 m de profondeur. Ce réservoir d'eau, faiblement minéralisée, présente un déficit annuel d'un million de m³ et se renouvelle lentement.

La Commission locale de l'eau (CLE) a voté début juillet le principe d'un transfert de l'eau dans le cadre d'un Schéma d'aménagement et de gestion des eaux (Sage). Quatre associations environnementales s'y sont opposées. Entre 500 000 et un million de m³ par an seront pompés dans un ou deux captages en surface, puis acheminés par canalisations sur une dizaine de km pour approvisionner les habitants.

«Élus = vendus à Nestlé ?»

Le projet, financé en partie par le conseil départemental des Vosges et l'Agence de l'eau, est estimé entre 8 et 17 millions d'euros. Nestlé Waters, qui continuera à puiser dans la nappe 750 000 m³ d'eau, va «contribuer financièrement à la réalisation de la solution retenue», promettant de «tout faire pour qu'il n'y ait aucune répercussion sur la facture d'eau des habitants», assure un représentant du groupe, Christophe Klotz.

Lors du vote, 150 personnes se sont rassemblées devant le conseil départemental à Épinal, où se réunissait la CLE, composée de 46 membres - élus, industriels, services de l'État et associations. Sur des pancartes, on pouvait lire: «Élus = vendus à Nestlé?», «L'eau est de l'or pour l'humanité, pas pour Nestlé». «Ces transferts sont faits pour permettre à Nestlé Waters de continuer à pomper», dénonce Bernard Schmitt, du collectif Eau 88. Il réclame «que soit restaurée la priorité aux usagers».

«Plusieurs centaines d'emplois seraient menacés»

«On ne peut pas autoriser Nestlé à acheter une ressource de bien commun», s'inquiète Jean-François Fleck, président de Vosges nature environnement. Pour la CLE, «l'objectif n'est pas de servir plus une entreprise qu'une autre, mais de combler ce déficit pour restituer aux générations futures une nappe reconstituée», rétorque Jean-Luc Couzot, vice-président.

La multinationale, qui affirme avoir «réduit de 20% les prélèvements (depuis) une dizaine d'années», s'est engagée à pomper l'eau à usage industriel dans une nappe en surface. La ressource des grès du Trias inférieur sera utilisée uniquement pour sa marque Bonne source, commercialisée à l'export. Pas question néanmoins d'abaisser le volume embouteillé: «Plusieurs centaines d'emplois» seraient menacées, souligne M. Klotz.