Moselle : Un évêque "vieux jeu et rétrograde"

L'évêque de Metz, Mgr Jean-Christophe Lagleize, s’oppose au projet de remplacer l’enseignement religieux dans les collèges et lycées par de l’éducation au dialogue interreligieux. Jamais la Moselle n'a eu un évêque aussi rétrograde et hors de son temps. Dommage.

Le projet de réforme des cours de religion à l’école, « porté conjointement depuis plus de deux ans par le diocèse de Strasbourg et l’Union des Eglises Protestantes d’Alsace Lorraine » vient d’être vertement retoqué par Mgr Jean-Christophe Lagleize, évêque rétrodrade de Metz. Les premiers plaident pour l’évolution de cet enseignement, obligatoire en Alsace Moselle*, vers une éducation au dialogue interreligieux et interculturel. Le second est catégorique : « Le diocèse de Moselle ne partage absolument pas cette perspective et ne s’y engagera pas ».

Un évêque dépassé par la réalité : Douze établissements prêts à essayer

Pour autant, cette fin de non-recevoir ne devrait pas contrarier une expérimentation dès la rentrée prochaine. N'en déplaise à Lagleize qui se voit ainsi désavoué par un camouflet alsacien. En Alsace, en effet, 12 établissements se disent prêts à accueillir ce dispositif si le rectorat leur en donne le feu vert. Mais la réaction de l’évêque de Metz met en lumière une réelle fracture, d'un côté les modernistes, de l'autre les "vieux-jeu" avec Lagleize comme chef.

En Alsace-Moselle, l’Education nationale a l’obligation d’organiser dans le public l’enseignement religieux pour les cultes statutaires (catholiques, protestants et juifs). Si les parents ne prennent pas la peine de rédiger une dispense en bonne et due forme, alors leurs enfants sont dans l’obligation de suivre ces cours dispensés dans les établissements publics du premier et du second degré.

Mais, la réalité est une érosion constante des effectifs. En 2016, en Alsace et en Moselle, l’enseignement religieux, très majoritairement catholique, était suivi par un peu plus de 50 % des élèves de l’école élémentaire, par 19 % des collégiens et un peu de moins de 10 % des lycéens.

«Une approche respectueuse des religions»

La nouvelle pédagogie imaginée en Alsace a pour ambition d’enrayer le déclin et d’être plus en phase avec la société actuelle. « Ce ne sera pas un catalogue mais une approche comparée, respectueuse des religions tout en étant critique » précise Christian Krieger, vice président de l’Union des Eglises protestantes d’Alsace et de Lorraine.

L’évêque de Metz oppose une version plus orthodoxe du dialogue entre les religions qui, selon lui, « ne peut se construire que si chacun est bien formé dans sa propre tradition ». A ce titre, il ne peut « en aucun cas accepter que les enseignements actuels soient sortis du cadre confessionnel qui les caractérise ». Position qui fait sourire de peine les catholiques ouverts au dialogue oecuménique.

Les conservateurs sont inquiets

Les promoteurs du projet de réforme « auquel le Grand Rabbin de Strasbourg, le Président du conseil régional du culte musulman et le président de la Communauté bouddhiste d’Alsace ont apporté leur accord » se veulent rassurants. Ils présentent cet enseignement, actuellement à l’étude au ministère de l’Education nationale, « comme une alternative, et non une substitution à l’enseignement confessionnel de la religion. »

Mgr Lagleize n’est pas le seul à monter au créneau contre ce projet qui pourrait être validé dans les prochaines semaines. Les conservateurs de tout bord s’inquiètent « pour la liberté de conscience des jeunes en formation ». Un sénateur divers droite de Moselle y a même décelé le spectre d’un financement des imams. Et là on passe à l'extrême droite. Il n'y a qu'un petit pas à faire.

 

En savoir plus: 

* Le concordat de 1801 ou régime concordataire de 1801 (en abrégé le Concordat) est le régime organisant les rapports entre les différentes religions et l’Étatdans toute la France depuis 1801, jusqu'à ce que, l'épisode du concordat de 1813 passé, il soit abrogé unilatéralement en décembre 1905 par la loi de séparation des Églises et de l'État, sauf en Alsace-Moselle, où il reste en vigueur après le retour de celle-ci à la France en 1919.