La Belgique rouvre ses frontières sans concertation avec les pays voisins

Après le feu vert du gouvernement Wilmès, des Belges se sont précipités à la frontière française sans pouvoir la franchir. La France ne compte pas rouvrir ses frontières avant le 15 juin.

(Le Figaro) - Coup de chaud entre Paris et Bruxelles et crise de nerf aux points de passage entre la France et la Belgique en ce week-end de Pentecôte. Alors que le gouvernement belge projetait de ne rouvrir ses frontières qu’à partir du 8 juin, il a annoncé vendredi par la voix du ministre fédéral de l’Intérieur, Pieter de Crem, que les Belges pourraient dès le lendemain se rendre dans les pays limitrophes du Royaume pour voir de la famille ou... faire du shopping. La France n’a pas été prévenue. Et refoule donc depuis samedi ceux qui tentent de passer puisque, côté français, la réouverture n’est prévue que pour le 15 juin.

«Il n’est pas encore possible d’aller faire ses courses au Carrefour de Lille», expliquait-on samedi au ministère de l’Intérieur. Et, pour ajouter à une situation déjà bien compliquée, il est aussi arrivé que des Belges soient refoulés par des forces de police belges qui n’avaient pas été informées des assouplissements décidés par le gouvernement Wilmès. L’affaire a suscité pas mal d’interrogations parmi les français résidant en Belgique mais aussi chez les Belges eux-même. «J’ai reçu près de 300 messages de gens qui ne comprenaient pas ce qui se passait», confie Pieyre-Alexandre Anglade, député des Français de l’étranger pour la zone Benelux. Cette décision unilatérale a semé le trouble en France. D’autant que cette éventualité n’aurait pas été évoquée lors de l’échange téléphonique qu’ont eu cette semaine le ministre français de l’Intérieur , Christophe Castaner et son homologue belge, Pieter de Crem.

Au Pays-Bas, le changement de pied soudain du gouvernement belge a aussi quelque peu agacé. Certes, les frontières sont restées ouvertes durant toute la crise côté néerlandais. Mais les maires des communes frontalières avec la Belgique estiment qu’ils auraient dû être tenus informés. «Les Belges sont bons en tactique surprise», a ainsi ironisé sur Twitter, Marga Vermue, la bourgmestre de Sluis. D’autres élus affirment qu’en cas d’afflux trop massifs, ils renverront les visiteurs en Belgique.

Au Luxembourg en revanche, on s’est réjouit de la décision belge. «Il s’agit d’un geste apprécié à la veille du week-end de la Pentecôte, qui permettra aux familles de se revoir après des semaines de séparation. Cette décision prise par le gouvernement fédéral devrait contribuer à désamorcer une situation qui reste difficile à notre frontière avec la Belgique», a réagit dès vendredi le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères et européennes, Jean Asselborn qui avait pesté contre la fermeture de la frontière allemande.

Ce n’est pas la première fois que la Belgique fait cavalier seul sur ces questions de frontières intérieures. Au début de la crise du coronavirus, ce pays avait également fermé ses frontières de manière unilatérale, sans la moindre concertation avec les gouvernements des pays voisins. Depuis plusieurs semaines, la Commission appelle à intervalles réguliers les Etats membres à se coordonner.