Emilie Busquant, cette Lorraine appelée "la Mère des Algériens"

Émilie Busquant est née 3 mars 1901 à Neuves-Maisons (Meurthe-et-Moselle) et morte le 2 octobre 1953  à Alger, est une militante anarcho-syndicaliste, féministe et anticolonialiste qui fut la compagne de Messali Hadj. Selon certains historiens, elle serait à l'origine du drapeau algérien. Le mensuel L'Estrade lui consacre un long aricle dans sa publication d'avril.

Cette femme au destin exceptionnel est issue d’un milieu ouvrier, elle rejoint en 1923 Paris pour vivre sa vie et trouver un emploi. Elle  y rencontre Messali HADJ lui aussi venu trouver du travail. Une belle histoire d’amour débute  entre eux. Elle a 22 ans et lui 25 ans lorsqu’ils se rencontrent pour la première fois à Paris, en octobre 1923. Elle s’éprend à la fois d’un homme et d’une cause, l’indépendance de l’Algérie. Autodidactes et militants généreux, ensemble, ils vont créer, en 1926, le premier parti indépendantiste algérien, l’Etoile Nord-Africaine.

L'Estrade

Qui a conçu le drapeau algérien ? Probablement la Lorraine, native de Neuves-Maisons, Émilie Busquant.

Mais la réponse n’est pas si simple. Récemment encore, deux médias algériens s’interrogeaient. Le quotidien El Watan questionnait « des hommes politiques, des décideurs, des historiens » sur l’origine du drapeau : « Jamais une telle interrogation n’a suscité peut-être autant de malaise et de gêne. Certains avouent humblement ne pas le savoir. Pour d’autres, cette question ne mérite pas d’être posée. Quelques-uns nous avouent, du bout des lèvres, que Madame Messali Hadj [NDLA : Émilie Busquant] serait à l’origine de sa conception ».

Le portail d’info Liberté, de son côté, produit une interview de Chawki Mostefaï, membre du même parti que Messali Hadj – mais en désaccord avec lui – et revendiquant la paternité du drapeau national. L’affaire ne s’arrête pas là et elle est ancienne. Quelques historiens – dont Benjamin Stora – évoquent le choix des couleurs en 1934, à Paris, par des dirigeants du parti L’Étoile Nord-Africaine. Émilie Busquant aurait simplement assemblé tout ça. La jeune femme réduite au rôle d’exécutante ne colle pas tout à fait avec les habitudes du personnage.

Quoi qu’il soit de cette histoire de drapeau, il est avéré que la place d’Émilie Busquant, dans l’histoire de la conquête de l’indépendance algérienne, est de l’ordre de l’essentiel, du central. Cela lui vaudra l’appellation de « Mère des Algériens ».

« Elle restera, pour les Algériens, la femme sans laquelle rien n’aurait été possible », rappelle Mohamed Benchicou, auteur du livre « La parfumeuse. La vie occultée de Madame Messali Hadj ». Peu de livres en fait évoquent son destin exceptionnel. « C’est une femme engagée que l’histoire a oubliée. Même dans son village lorrain, « Elle restera, pour les Algériens, la femme sans laquelle rien n’aurait été possible »très peu de gens avaient entendu parler d’Émilie Busquant. Il a fallu attendre 2003 et la pose d’une plaque commémorant l’anniversaire de sa mort sur un des murs de sa maison natale, pour savoir qui elle était », écrit Mustapha Kessous, journaliste au Monde.

« Porte-voix de la cause algérienne, féministe, esprit libre et laïc, Emilie Busquant patiente encore dans l’antichambre de l’histoire », regrette Hélène Rochette dans Télérama. Émilie Busquant est née en 1901 à Neuves-Maisons, son père est sidérurgiste, anarchiste, elle a la rébellion dans le sang. À 22 ans, elle quitte la Lorraine et débarque à Paris. Elle est vendeuse au rayon Parfumerie des Magasins Réunis, place de la République, et se rêve en « autre Coco Chanel ». Le soir, elle rentre dans sa mansarde, dans une pension en face du cimetière du Père Lachaise, chez Madame Couëtoux. 1923, c’est aussi l’année où le jeune Messali Hadj quitte son nid de Tlemcen et arrive à Paris : « Il est venu chercher du travail dans le but d’aider sa famille. Le jeune immigré renoue avec cette échappée hors du domaine colonial, de ses injustices, de ses pesanteurs, de ses humiliations » (1).

Le hasard est bon. C’est chez Madame Coüetoux, dont il avait connu la famille à Tlemcen, que Messali Hadj se rend d’abord. Messali et Émilie se rencontrent, c’est le coup de foudre. Une grande histoire d’amour naît sous les toits de la rue du Repos, une grande histoire politique aussi. Il ne faut pas prier Émilie Busquant. Elle est une lutteuse, nourrie très jeune à l’art du combat militant. Naturellement, elle milite pour la cause algérienne et apprend l’arabe pour gagner en efficacité : « Dans mon cœur de Française, il n’y a pas de frontière dans la lutte pour la liberté », écrira-t-elle à Messali, lors d’un de ses séjours en prison. « Elle était une partisane de l’émancipation des peuples et des femmes », dit Benjamin Stora. En 1926, Émilie Busquant et Messali Hadj créent L’Étoile Nord-Africaine, premier parti indépendantiste algérien. Messali Hadj est souvent présenté comme le « père du nationalisme algérien », il fut le premier à poser la question de l’indépendance. Puis suivent les aventures du Parti Populaire Algérien et du Mouvement National Algérien, parti fondé en 1954, qu’Émilie ne connaîtra pas. Elle décède en 1953, sans avoir vu ce qu’elle avait tant rêvé. Neuf ans plus tard, sonnait l’heure de l’indépendance.

(1) Dans Paris la rouge, par Rémi Kaufer, éditions Perrin, 2016

Vianney HUGUENOT

Source : https://www.lestrademensuel.fr/mere-des-algeriens.php